5 mars 2021

Foot Breizh

Actualité du football breton

Stade Rennais : les circonstances atténuantes

Avant de rencontrer Nice (dimanche, 13h), Rennes reste sur une victoire en huit matches de championnat. Forcément inquiétant mais le club peut plaider les circonstances atténuantes.

La dégringolade a été brutale. Leader de Ligue 1 quand il s’est étrenné, le 20 octobre, en Ligue des champions, le Stade Rennais pointe aujourd’hui à la 13e place du championnat. Et au vu du contenu des rencontres, les hommes de Julien Stéphan ne méritent pas forcément mieux. Mais faut-il pour autant les accabler ? Car il était finalement prévisible que Da Silva et consorts allaient laisser des plumes dans leur premier contact avec la Ligue des champions. Il est aussi assez humain de mettre un surplus d’engagement émotionnel et physique quand on rencontre Séville ou Chelsea, et de peiner à se montrer consistant pendant 90 minutes trois jours plus tard en Ligue 1. Ces fluctuations de la motivation n’ont pas de frontière.

Entre ses débuts en LDC et ses adieux à la prestigieuse compétition, mardi dernier, au Roazhon Park, Rennes n’a toutefois pas connu une simple et compréhensive baisse de régime mais un véritable écroulement : quatre points sur 18 possibles en L1, et une unité glanée en Ligue des champions. Pour défendre le bilan de Rennes en C1, on peut toutefois rappelé que Lille n’avait pas fait mieux l’an dernier, un peu avec le même genre de campagne, où l’équipe française avait pu, malgré les résultats contraires, montrer de belles choses au moins lors de la moitié des matches, mais avait pêché par naïveté et manque d’efficacité. Au terme de cette campagne, le LOSC n’était toutefois pas décroché en championnat comme le Stade Rennais. Le 15 décembre, au soir de la 18 journée, les Dogues occupaient même la troisième place de L1. Une pierre dans le jardin Rouge et Noir.

Blessures et départs

C’est un fait : Rennes a moins bien géré l’enchaînement des matches que Lille l’an dernier, ou même que l’OM aujourd’hui, quatrième de L1. Mais il faut aussi rappeler que l’équipe bretonne n’a pas été épargnée par les blessures. Tout a commencé le 19 septembre, avec la cheville de Faitout Maouassa, touchée lors de la réception de Monaco. Titulaire indiscutable, le latéral gauche était à ce moment-là sans doute le meilleur rennais du début de saison. Autoritaire et hyperactif dans son couloir, il commençait aussi à prendre en charge avec une certaine réussite certains coups de pieds arrêtés. Adrien Truffert le remplacera certes habilement dans un premier temps, mais il n’a pas non plus fait oublier son aîné. Contre le PSG et Lens, le latéral de 19 ans a ainsi été directement impliqué sur des buts adverses.

Après Maouassa, Rennes a aussi dû se résoudre à voir partir Edouard Mendy, un des meilleurs gardiens de L1. Etant donné la somme payée par Chelsea (plus de 25 millions d’euros) et l’opportunité de carrière pour le Sénégalais, il était difficile pour les dirigeants rennais de s’opposer à ce départ. Rennes allait donc s’engager dans un des mois les plus importants de son histoire, avec une équipe amputée de deux titulaires, puis de trois, quand le club acceptait l’offre de Leeds pour Raphinha. Sans doute pas la décision la plus inspirée de la nouvelle équipe dirigeante, d’autant que Jérémy Doku, son remplaçant, a réalisé son premier match convaincant, au match retour, face à Séville, alors que Rennes était déjà éliminé de toutes compétitions européennes. Autre décision plus que discutable : le recrutement de Dalbert. Sur le papier, son arrivée était toutefois plutôt logique, alors que Truffert pouvait difficilement se voir confier l’entière responsabilité du couloir gauche, mais le manque d’allant du Brésilien a rapidement fait comprendre que le club venait de réaliser une grosse erreur de casting.

Prendre Daniele Rugani, doublure à la Juventus, ressemblait aussi à une idée pertinente, mais Rennes a joué là de malchance avec une blessure dès sa première titularisation en Ligue des champions (28 octobre, à Séville), une compétition où l’Italien devait justement apporter son expérience au groupe. Le club propriété de la famille Pinault venait alors aussi de perdre son plus grand talent, Eduardo Camavinga, blessé le 24 octobre suite à un coup reçu lors de la réception d’Angers. L’organisme du prodige avait été mis à rude épreuve les semaines précédentes avec ses premières convocations en Equipe de France. De retour à la compétition depuis début décembre, le milieu de terrain peine d’ailleurs manifestement à trouver un second souffle, alors que Rennes peut difficilement se passer de son volume de jeu, de ses interceptions, et de sa capacité à venir amener le surnombre.

Alors que les hommes de Stéphan avaient déjà la tête dans la seau, ils ont aussi dû faire sans Martin Terrier et Nayef Aguerd (Covid-19) depuis le 27 novembre, puis leur buteur, Serhou Guirassy (depuis le 1er décembre, huit semaines d’absence programmées) et leur gardien, Alfred Gomis (qui sera absent à Nice). Pour le premier, il est toutefois loin d’avoir répondu aux attentes placées en lui, tandis que le deuxième n’est pas encore un joueur fini, même si sa qualité technique et son apport offensif sont largement au-dessus de la moyenne. Quant à Gomis, il est encore loin du niveau de Mendy. Julien Stéphan estime toutefois qu’il est bien trop tôt pour réaliser un bilan du mercato, mais la question de sa qualité, surtout de la fin de celui-ci (Dalbert, Rugani, Gomis), peut d’ailleurs être aussi avancée comme une clé des deux derniers mois décevants du Stade Rennais.

Jeunes et bons

Blessures et contre-performances ont toutefois permis à quelques joueurs issus du centre de formation de se montrer. On pense évidemment Adrien Truffert, Brandon Soppy, ou Gerzino Nyamsi, pas le plus jeune de la classe biberon rennaise, mais rarement utilisé par Stéphan. Enfin, l’absence de Guirassy a finalement profité à Georginio Rutter, auteur d’une entrée convaincante et primée face à Séville, mardi dernier. Cette jeunesse rennaise est un peu le rayon de soleil au milieu de la tempête, et on peut même se demander si le club ne gagnerait pas à accorder encore plus de confiance aux meilleurs produits du centre de formation. Une politique toutefois risquée (cf Saint-Etienne), pour un club qui est déjà celui à avoir lancé le plus de joueurs de moins de 20 ans en Ligue des champions, dixit Stéphan.

Pour remonter la pente, le Stade Rennais pourrait aussi tabler sur un Mbaye Niang qui commence à retrouver le rythme de la compétition, mais aussi sur un Camavinga qui aurait retrouvé de la fraîcheur. Et puis, malgré ses deux derniers mois calamiteux, Rennes n’est finalement aujourd’hui qu’à quatre points de la zone européenne, et à six unités d’un strapontin vers une nouvelle qualification en Ligue des champions. Les circonstances inédites de la saison des Bretons invitent, pour le moment, à se montrer plutôt magnanime. Mais dimanche, à Nice, une sorte de deuxième moitié de saison débute, et si les insuffisances ne venaient pas à disparaître, l’alibi de la Ligue des champions ne pourrait plus être avancé.

Thomas Goubin

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