21 juin 2021

Foot Breizh

Actualité du football breton

Stade Brestois 29 : prime à l’équilibre !

Après sept buts inscrits en deux matches par le SB29, les louanges ont commencé à pleuvoir sur une équipe qui fait le spectacle. Mais paradoxalement, c’est en se montrant plus équilibrés que les hommes de Dall’Oglio ont brillé.

Tout va vite dans le football, et tout particulièrement à la pointe du Finistère. En proie aux doutes il y a de cela trois journées, le Stade Brestois 29 apparaît aujourd’hui comme une des équipes en forme du championnat. Battus de peu par le voisin rennais, les hommes d’Olivier Dall’Oglio se sont ensuite offerts le scalp de Lille (invaincu jusqu’ici !), puis ont facilement disposé de l’AS Saint-Etienne (4-1). Deux succès probants, qui ont été largement attribués au jeu offensif et débridé que prônerait Oliver Dall’Oglio. Mais l’explication ne convainc pas forcément : c’est justement quelques excès offensifs qui avaient conduit Brest à un certain nombre de déconvenues sur ce début de saison. Si le jeu brestois reste tout à fait séduisant, cette amélioration des résultats trouve une autre explication. L’entraîneur brestois l’a dit à de nombreuses reprises en début de saison : son équipe a eu du mal à trouver un bon équilibre. Une analyse des dernières performances brestoises laisse à penser que ce problème semble aujourd’hui résolu.

Un jeu moins offensif, mais plus efficace

Evacuons d’emblée toute mauvaise foi. Il n’est nullement question de dire que le Stade Brestois 29 joue désormais un jeu ultra défensif, ultra compact comme peuvent le faire certaines équipes de ce championnat. Au contraire, Brest affiche toujours un jeu parmi les plus séduisant de la Ligue 1 Uber Eats, jusqu’à voir un défenseur central comme Jean-Kévin Duverne venir apporter le surnombre à l’entrée de la surface adverse. Mais il faut admettre que le jeu brestois est moins emballant qu’il a pu l’être en début de saison. Les rencontres face à Marseille, Lorient et même Dijon étaient par exemple bien plus folles. Dans chacune de ces rencontres, Brest aurait pu (dû ?) marquer deux voire trois buts de plus eu égard aux occasions procurées. Ce week-end, Brest s’est procuré trois occasions franches et a marqué… quatre buts. La construction de ces buts ne laisse pas de place au doute, la patte Dall’Oglio n’a pas changé, notamment avec cet apport primordial des latéraux. Mais il faut admettre qu’aujourd’hui, chiffres à l’appui, le Stade Brestois se procure moins d’occasions qu’en début de saison – mais marque autant, si ce n’est plus.

L’explication de cette efficacité nouvelle est relativement simple à trouver : les offensifs brestois sont en confiance, et les meilleurs joueurs sont enfin alignés. Tout aussi utile soit un Jérémy Le Douaron, son efficacité face au but ne peut se comparer avec celle de Franck Honorat (2 buts et 2 passes décisives en 3 matchs ! ). De la même manière, Irvin Cardona semble enfin avoir gagné sa place aux côtés de Steve Mounié et tourne à plein régime. Il prend ainsi la place d’un Gaëtan Charbonnier Ô combien précieux, mais également Ô combien maladroit face au but.

Au-delà de la confiance de certains joueurs, l’organisation brestoise en phase offensive a évolué. Les latéraux restent offensifs, mais de manière plus parcimonieuse. Romain Perraud et Ronaël Pierre-Gabriel ont marqué face à Lille, mais se sont montrés bien plus raisonnés dans leurs montées. C’est également le cas du milieu de terrain : Paul Lasne, installé par le départ d’Ibrahima Diallo, évolue dans un registre assez défensif et limite les incursions dans le camp adverse. Au total, cela fait une différence visuelle assez évidente : Brest attaque en général avec 5 joueurs, là où il n’était pas rare de voir 7 voire 8 maillots rouges à l’assaut du but adverse en début de saison. Forcément, cela limite le nombre d’occasions procurées par l’équipe… Mais cela limite également la propension de certains joueurs à se marcher dessus. Une propension également limitée par la sortie du 11 de Gaëtan Charbonnier, qui a un gros volume de jeu mais a tendance à occuper énormément l’espace. Les buts face à Saint-Etienne illustrent parfaitement ceci : chaque action part d’une accélération et prise d’espace individuelle, dans un style direct et vertical. Une option aussi favorisée par le comportement des Verts qui apprécient de presser haut.

Une équipe plus équilibrée

Si l’on avait pointé du doigt la faiblesse brestoise sur coups de pied arrêtés en ce début de saison, il fallait également noter la difficulté à défendre face aux contres adverses. C’est en procédant en contre que Strasbourg a fait exploser les Pirates, comme Angers avait remonté Brest, ou que Nantes avait humilié les Finistériens. Même lors des certaines victoires, Brest a été mis en difficulté sur les contres adverses : on peut évidemment penser aux déboulés de Yoane Wissa lors du derby.

De l’aveu même de l’entraîneur brestois, cette fragilité reflétait un souci d’équilibre. C’est tout le risque d’attaquer à 7 voire 8, surtout si l’on manque de discipline sur le placement: l’équipe adverse se retrouve très facilement en surnombre dans le camp brestois. C’était tout particulièrement le cas sur les côtés, conséquence logique des montées des latéraux. Le souci n’est évidemment pas ces montées, qui sont d’ailleurs une des armes brestoises cette saison, mais l’absence de compensation de celles-ci. A cet égard, Paul Lasne semble être une trouvaille. S’il n’est pas franchement convaincant, notamment dans les duels et balle et au pied, son intelligence de jeu lui permet de compenser les montées de ses camarades et offre quelques précieuses secondes supplémentaires pour que le bloc se reforme à la perte du ballon. Le même constat peut être fait pour Cristian Battocchio lors de ses dernières rentrées, avec peut-être davantage de dynamisme que l’ex-Montpelliérain.

De manière plus générale, les Brestois ont également limité les prises de risques individuelles à la relance. Gautier Larsonneur allonge bien plus que l’an passé et qu’en début de saison et même un garçon créatif comme Jean-Kevin Duverne a limité les prises de risque à la relance ces dernières semaines. S’il était presque impensable de voir Brest dégager son camp avec un long ballon sur le début de saison, les hommes d’ODO n’ont pas hésiter à allonger lors des deux derniers matches. Une option devenue d’autant plus viable avec l’apport d’un profil aussi solide et aérien que Steve Mounié.

Cet équilibre (re)trouvé est garant d’une solidité défensive nouvelle et bienvenue. Ce week-end, Saint-Etienne a tiré 17 fois au but mais n’a jamais réussi à mettre Brest en danger – ne marquant que sur une erreur d’appréciation de Gautier Larsonneur. L’ogre lillois n’a guère fait mieux : un pénalty, et seulement deux occasions réellement probantes. Et ce alors que le LOSC a livré une bonne performance – voire très bonne en seconde période ! Dans les deux cas, le club brestois a abandonné un principe qu’on attache trop souvent à tort à Olivier Dall’Oglio : la possession du ballon. Avec seulement 37% de possession face à Lille et 41% face à Saint-Etienne, Brest a fait le choix d’avoir moins le ballon, option favorisée aussi par le profil de ses adversaires. C’est peut-être le meilleur résumé de la légère transformation opérée par le club brestois depuis la trêve internationale, dans bien des domaines : le bloc brestois fait moins, mais le fait mieux.

Yann (Brest On Air)

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