27 février 2021

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Les mauvaises défenses rennaises

Joie des joueurs du PSG apres le but de Moise Kean PSG FOOTBALL : PSG vs Stade Rennais - Ligue1 Uber Eats - 07/11/2020 JBAutissier/Panoramic PUBLICATIONxNOTxINxFRAxITAxBEL

Manque d’agressivité, mauvais cadrage, ou erreurs de lecture du jeu, les explications de la perméabilité des Rouge et Noir sont multiples. Explication en images des insuffisances rennaises.

Avec seulement une clean sheet rendue depuis le début de saison (0-3 à Saint-Etienne, 5e j.), le Stade Rennais est l’équipe qui garde le moins sa cage inviolée en Ligue 1. Tant que les hommes de Stéphan marquaient un but de plus que l’adversaire, il n’y avait pas matière à s’inquiéter, mais cela n’est arrivé qu’une seule fois en cinq rencontres depuis début octobre (2-1 face à Brest, 9e journée). Alors, défaillance individuelle ou collective ? Retour sur les quatre derniers matchs en Ligue 1 du Stade Rennais pour comprendre leurs difficultés défensives actuelles.

Un manque d’agressivité collective

Si le début de saison Rennais a été haut en couleurs concernant les cartons (11 jaunes et 2 rouges sur les quatre premiers matchs), la tendance s’est complètement inversée sur les récentes rencontres puisque les joueurs ne cumulent que cinq cartons jaunes sur leurs quatre dernières confrontations en championnat. Cela pourrait être un indicateur positif, d’une meilleure maîtrise, mais cette baisse drastique semble surtout s’expliquer par une fatigue généralisée dû à l’enchaînement des matchs : les interventions sont moins tranchantes, moins rapides et les adversaires subissent de moins en moins le pressing rennais. Exemple sur l’égalisation dijonnaise le 16 octobre dernier.

Dans le camp dijonnais, Mounir Chouiar avance avec le ballon malgré trois Rennais autour de lui. Clément Grenier ne se repositionne pas pour couper une éventuelle passe mais aucun Dijonnais ne vient se placer dans l’espace libre. Le joueur décide de lancer Mama Baldé dans la profondeur par une passe appuyée qui élimine tout le milieu de terrain rennais.

Daniele Rugani, positionné plus haut, tente de revenir à hauteur de Baldé. Nayef Aguerd défend en reculant et ne positionne pas bien son corps face au jeu. Sur cette image, un simple crochet peut suffire à l’attaquant pour tromper le défenseur central.

Crochet qu’il fera. Les deux centraux rennais restent malgré tout au coude à coude mais le risque de faire une faute dans la surface de réparation est grand. Mama Baldé finira par se libérer des deux centraux et n’aura plus qu’à armer sa frappe. Le repli défensif de Clément Grenier ici est trop tardif. Dalbert décide de lâcher le marquage de Dina Ebimbe (en position dangereuse à l’entrée de la surface de réparation) mais n’attaque pas assez rapidement la course de Baldé qui pourra égaliser tout en puissance.

Duels perdus, pressing «lâche» et mauvais repositionnement semblent être les failles actuelles de ce Stade Rennais. Face à Angers, les mêmes maux sont apparus.

Adrien Hunou presse tardivement Ismaël Traoré après plusieurs échanges de passes entre celui-ci et Vincent Manceau. Les deux attaquants angevins postés devant le côté gauche de la défense sont en position pour attaquer la profondeur alors que Sofiane Boufal semble se diriger vers l’axe du terrain.

Au moment de cette longue passe en profondeur, Sofiane Boufal prend l’espace libre entre le milieu et la défense Rennaise. Les Rouge et Noir sont coupés en deux avec beaucoup trop de mètres entre les milieux et les défenseurs.

Stéphane Bahoken se joue d’Adrien Truffert et de Nayef Aguerd. Il peut ensuite donner le ballon en retrait à Sofiane Boufal qui depuis plusieurs secondes est complètement seul dans l’axe du terrain. Les courses d’Eduardo Camavinga, Steven Nzonzi et Flavien Tait sont insuffisantes pour compenser leur retard au départ de l’action.

Steven Nzonzi va tenter d’empêcher Sofiane Boufal de tirer mais ce dernier va l’éliminer en un crochet et pouvoir frapper. Flavien Tait va également se positionner devant l’Angevin pour contrer son tir mais là aussi, trop tardivement. Il arme sa frappe et Damien Da Silva va malencontreusement envoyer le ballon dans ses propres filets.

Cette saison, Rennes s’accapare davantage le ballon (2e de L1 derrière le PSG) et joue plus haut. Alors, la perméabilité du SRFC ne serait-elle pas simplement la contrepartie de son parti-pris « protagoniste » ? A moins qu’elle ne soit plutôt provoquée par une possession, elle aussi, mal maîtrisée, surtout depuis la fin du mercato qui a logiquement bousculé l’équilibre du onze de Stéphan.  Face au Paris Saint-Germain, Rennes a ainsi légèrement dominé en terme de temps passé avec le ballon dans les pieds (51%), mais ce fut surtout stérile. Trop stéréotypée et sans idée, la possession a même été fatale aux Rennais sur le premier but parisien.

Sur la phase de possession Rennaise ci-dessus, James Léa-Siliki a le ballon au centre du terrain, il n’est absolument pas pressé et hormis les défenseurs centraux, tous ses coéquipiers sont installés dans le camp parisien.

Après plusieurs successions de passes, Nayef Aguerd reçoit le ballon et plusieurs solutions de passes s’offrent à lui, notamment sur les ailes. Mais il va la remettre à son milieu, pourtant cadré par trois parisiens. Celui-ci va donc la lui redonner instantanément mais le Marocain choisira le même destinataire. Au fur et à mesure des secondes, les parisiens grappillent des mètres dans le camp rennais et pressent. Conséquence : Nayef Aguerd n’a pas d’autre choix que de remettre en arrière vers son gardien Alfred Gomis.

Alors qu’Adrien Truffert redescend vers sa défense (en haut à droite de l’image), Steven Nzonzi se replace dans l’axe du terrain mais sans venir épauler sa défense pour créer du surnombre. Sur cette séquence, les Rennais se retrouvent donc à 3 contre 3 parisiens, sous pression. Trente secondes plus tôt, ils étaient dans une phase offensive sans être véritablement gênés dans la construction du jeu par le PSG.

Alfred Gomis va probablement choisir la pire des solutions ! Alors qu’il était possible de relancer court vers Damien Da Silva ou Nayef Aguerd, de relancer long vers Adrien Truffert, Steven Nzonzi ou Hamari Traoré, il va choisir une fois de plus James Léa-Siliki. Sur cette image, on voit qu’il peut rapidement se faire encercler par 4 parisiens : les trois attaquants du départ et Leandro Paredes qui monte à droite de l’image.

Di Maria va récupérer le ballon pour Moïse Kean qui va marquer. Il aurait également pu jouer à gauche pour Alessandra Florenzi, complètement oublié par Adrien Truffert ou sur Idressa Gueye, libre de tout marquage juste devant la surface de séparation.

Des erreurs individuelles évitables

Si face au Paris Saint-Germain le jeu vers l’arrière a mis en danger le Stade Rennais et que l’équipe a failli dans son ensemble, certaines errances individuelles sont également apparues. Alfred Gomis, pourtant très en vue face à Séville, a été en difficulté notamment sur son jeu au pied. Alors que le système de Julien Stéphan n’a pas changé (hormis contre Brest avec un 4-4-2), le jeu haut rennais conviendrait à un gardien libéro. Ce que n’est pas Alfred Gomis. Avec seulement deux actions réalisées en dehors de sa surface depuis son arrivée, le Sénégalais est encore loin des 14 sorties de Romain Salin lors de ses titularisations en début de saison. Conséquence ? Des relances plein axe comme contre le PSG, ou des relances sur les ailes qui terminent leurs courses en touche, et un espace libre trop important entre sa cage et ses défenseurs. Une gestion de la profondeur plus difficile donc, avec des défenseurs dans l’obligation d’être dans une attention permanente pour ne pas couvrir le hors-jeu.

Sur le 2ème but parisien, les Rennais sont plus compacts mais positionnés très haut sans qu’Alfred Gomis ne couvre un peu l’espace entre son but et ses défenseurs. Ander Herrera se défait très facilement de Nayef Aguerd et de Steven Nzonzi. Di Maria est à la limite du hors-jeu mais est couvert par Adrien Truffert, en haut à gauche. Il se prépare à lancer sa course. Une fois la passe réalisée, Di Maria se retrouvera seul face à Gomis et n’aura plus qu’à ajuster son tir.

Des séquences qu’on retrouve « à la pelle » ces dernières semaines mais qui heureusement, ne terminent pas systématiquement en but. Elles ont néanmoins mis en avant les difficultés de Nayef Aguerd dans son placement et son anticipation.

Comme ici lors du deuxième but angevin. Ismaël Traoré a tout le temps d’effectuer la même transversale que sur le premier but d’Angers. Nayef Aguerd juge mal la trajectoire du ballon et rate sa tête dû à une position de corps qui ne lui permet pas de l’assurer. Une mauvaise anticipation et le ballon arrive finalement derrière lui avec un rebond qui ira parfaitement dans le sens de la course d’Angelo Fulgini. Damien Da Silva jouera le duel, Alfred Gomis tentera de couvrir au maximum sa cage en sortant mais la qualité technique et la vitesse d’exécution d’Angelo Fulgini sera suffisante pour tromper le portier Rennais.

Même constat face à Brest avec une tête ratée en plein milieu de sa propre surface de réparation. Mais sur cette action, le Marocain est loin d’être le seul fautif. Un manque d’agressivité est ainsi à déplorer dans les duels au départ, avec un Brestois qui centre pour la tête de Steve Mounié. Ce dernier prend le meilleur dans les airs sur Hamari Traoré et remet la balle au centre de la surface. Nayef Aguerd mais aussi Steven Nzonzi sont sensés pouvoir dégager cette balle tranquillement. Mais l’international Français n’est pas face au jeu. C’est donc Nayef Aguerd qui doit dégager mais il anticipe mal la trajectoire du ballon qui arrive derrière lui. Franck Honorat est libre de tout marquage, Jérémy Doku et Dalbert semblent spectateurs de l’action. Il n’a plus qu’à marquer le seul but brestois de cette partie.

Le dernier match avant la trêve, lors de ce 3 à 0 face au Paris Saint-Germain, résume à lui seul tous les carences récentes des Rouge et Noir. Avec seulement 72 ballons récupérés et 35% de duels aériens remportés, les individualités au service du collectif ne répondent plus présentes. Si les jambes sont certainement lourdes, l’état d’esprit semble aussi touché. Moins de fautes, moins d’intensité, moins de repères aussi sans doute, alors que le onze ne cesse de bouger, la faute à la répétition des matches et à une infirmerie qui accueille trop de patients. 

Difficile de comprendre ce qui s’est passé dans la tête des joueurs sur le troisième et dernier but parisien. Adrien Truffert réclame une faute à l’arbitre et s’arrête complètement de jouer. Jérémy Doku en fait de même et l’expérimenté Steven Nzonzi aussi. Colin Dagba lui, continue et passe le ballon à un Di Maria toujours dans son match. L’Argentin se placera face au but pour armer sa frappe. Damien Da Silva n’arrivera pas à contrer son tir et Alfred Gomis n’anticipera pas assez la frappe de l’attaquant parisien.

Le Stade Rennais devra absolument gommer ce genre d’errements ces prochaines semaines. La série de matchs qui arrivent et qui ne se stoppera que le 23 décembre sera intense et ô combien importante en Ligue 1 comme pour continuer l’aventure européenne. Espérons que la trêve internationale ait aidé à régénérer les organismes, comme les têtes. Premier élément de réponse ce vendredi, à 19h, avec la réception des Girondins de Bordeaux.

Mélanie Durot

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