21 juin 2021

Foot Breizh

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Ligue des champions : « Séville n’a pas été invaincu par hasard pendant huit mois »

Analyste de football, entraîneur, et journaliste au Diario de Sevilla, Jesús Alba décortique le fonctionnement du FC Séville de Julen Lopetegui. Une machine à presser redoutable, invaincue pendant huit mois, mais qui a dû s’adapter au départ d’Ever Banega.

Comment définir le modèle de jeu du FC Séville ?
C’est une équipe qui presse avec beaucoup d’intensité dès la relance adverse. En bloc haut et compact, ce qui lui permet d’être dur à prendre à défaut. En plus, la colonne vertébrale défensive de l’équipe est forte avec le triangle formé par Jules Koundé (forfait contre Rennes), Diego Carlos, et Fernando, la pointe basse qui se place devant les deux centraux. Mais ce travail défensif démarre bien plus haut, avec l’avant-centre Luuk De Jong, qui oriente très bien la pression lors de la relance de l’adversaire. Séville n’a pas besoin de beaucoup de touches de balle pour faire mal, notamment grâce à la vitesse de Lucas Ocampos ou même du latéral, Jesús Navas.

Plus précisément, comment attaquent les hommes de Lopetegui ?
En nombre. Les ailiers, Suso, à gauche, et Ocampos, à droite, sont ainsi positionnés en faux pied, car Lopetegui leur demande d’«intérioriser», afin de laisser leurs couloirs aux latéraux. Séville crée ainsi des supériorités numériques. Mais Ocampos est aussi parfois aligné à droite, où il a d’ailleurs réalisé ses meilleurs matches. A l’intérieur du jeu, Lopetegui a beaucoup d’options, avec Suso qui peut aussi y évoluer, mais également Oliver Torres, et surtout Rakitic, même s’il n’est pas à son meilleur niveau. Son registre offensif est donc étendu, car Séville a de la vitesse pour se montrer vertical, mais aussi des joueurs bien dotés techniquement pour s’installer dans le camp adverse.

L’avant-centre, Luuk de Jong, marque peu de buts (10 en 48 matches) …
Le Hollandais a pu être critiqué pour cela. Beaucoup de supporters pensent même qu’il n’est pas assez bon pour Séville, mais il colle avec le modèle de jeu de Lopetegui, qui demande beaucoup de travail au numéro neuf. Si Lucas Ocampos a été meilleur buteur de l’équipe l’an dernier c’est aussi grâce à De Jong, à sa capacité à fixer les défenseurs centraux. Quand l’équipe ne parvient pas à avancer il est aussi une option pour sauter des lignes en se reposant sur sa taille. Et puis, même s’il a peu marqué, il a quand même inscrit des buts importants en Europa League, contre Manchester United, puis en finale face à l’Inter Milan.

A quel point est-il difficile de se libérer de la pression du FC Séville ?
Séville cherche toujours une égalité numérique voire une supériorité dans les phases de pression. Dans son 4-3-3, Lopetegui mobilise De Jong, mais aussi des offensifs excentrés et les deux milieux relayeurs, mais aussi les latéraux qui montent très haut.

Il y a alors des espaces à exploiter si l’adversaire parvient à s’extraire de cette pression …
Pas tant que ça, car Fernando, le milieu le plus bas dans le 4-3-3, sait très bien se situer pour court-circuiter les transitions adverses. Aussi, les deux centraux sont des joueurs demandés par les plus grands clubs, et les latéraux, que ce soit Jesús Navas ou Marcos Acuña, sont très dynamiques. L’équipe se replie donc très rapidement et oblige l’adversaire à des transitions express pour ne pas avoir à faire face à un bloc bien reconstitué. Cette équipe n’a pas été invaincue pendant huit mois et 18 matches de Liga par hasard, jusqu’à sa défaite face à Grenade (0-1, 17 octobre). C’est une équipe qui concède très peu d’occasions.

Presser haut contre Séville, comme aime le faire le Stade Rennais cette saison, est-ce une bonne idée ?
Le problème c’est que Séville a des joueurs avec les capacités pour sortir proprement le ballon même face à un fort pressing adverse. Par exemple, Diego Carlos excelle pour renverser le jeu. Lors du dernier match de championnat, Eibar a ainsi commencé à presser haut, comme à son habitude, mais Séville parvenait à sortir le ballon proprement, et avait plus haut sur le terrain des joueurs rapides pour faire mal sur ses transitions. Les hommes de Lopetegui relançaient d’ailleurs très bas pour attirer le bloc adverse, mais Eibar a fini par s’en rendre compte. En défendant plus bas, les Basques ont finalement contrarié la sortie de ballon du FC Séville et ont emporté le match (nda : Lopetegui n’avait pas aligné son équipe-type).

Séville a dû s’adapter au départ d’Ever Banega, plaque tournante du jeu sévillan. A quel point cela a pu perturber l’équipe ?
Il manque, car c’était un joueur avec une grande personnalité, qui demandait toujours le ballon, qui savait se mettre face au jeu et l’orienter. Rakitic peut être considéré comme son successeur, mais il n’a pas les mêmes caractéristiques. Le Croate est plus vertical mais ne sait sans doute pas gérer le tempo de l’équipe comme Banega, et puis à Barcelone il courrait moins et il a sans doute besoin de gagner en condition physique pour s’adapter au jeu sévillan. Aussi, Torres pourrait être considéré comme un candidat à la succession de Banega, mais il ne répond pas encore aux attentes placées en lui.

Existe t-il d’autres faiblesses dans le système de Julen Lopetegui ?
Sur coups de pieds arrêtés, ils prennent trop de buts. Lopetegui demande à ses joueurs de défendre en zone sur ces phases de jeu et l’adversaire peut exploiter des problèmes de coordination.

Pour conclure, que sait-on du Stade Rennais à Séville ?
C’est une équipe qu’on respecte car on sait que le club est en haut de tableau de Ligue 1. La présence de Steven Nzonzi attire aussi l’attention des supporters, car c’est un joueur qui est parti du club en forçant son départ, ce qui n’a pas vraiment été apprécié. En général, à Séville, les joueurs de son niveau s’en vont par la grande porte.

Propos recueillis par Thomas Goubin

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