27 février 2021

Foot Breizh

Actualité du football breton

Stade Rennais : la tête dans les étoiles

En cette journée historique pour le Stade Rennais, FootBreizh donne la parole à un supporter, qui partage ses réflexions sur ce que représente ce premier soir de Ligue des champions pour le peuple Rouge et Noir. 

43690, non ce n’est pas la capacité du Roazhon Park, mais le nombre de jours qui séparent la fondation du club phare de la Bretagne de sa première rencontre de Ligue des Champions. Pour ce moment phare de notre histoire, le Stade Rennais accueille le club russe de Krasnodar. Pas le nom le plus ronflant d’Europe, mais peu importe l’adversaire, pourvu qu’on ait l’ivresse. L’ivresse des grands soirs, pour célébrer un présent faste et solder un peu aussi le compte de ces années trop riches en espoirs déçus. Le peuple rennais méritait bien cela.

Un passé qui ne hante plus

Au bout du tunnel vint la lumière. Nous avons des étoiles dans les yeux. Rennes va jouer dans un nouveau décor, dont on avait presque désespéré qu’il puisse servir d’arrière-fond aux matches des Rouge et Noir : le logo de la Ligue des champions, sa musique aussi, et des adversaires qu’on avait l’habitude de regarder en milieu de semaine devant la télé. Après les déboires, les ventres mous, les défaites à Metz ou à Auxerre, les scenarii au goût amer… Le bonheur est là, juste devant nous. Ayons une pensée pour ceux qui ne sont plus là, eux qui font aussi partie de l’aventure.  Etre supporter ce n’est pas seulement célébrer la victoire. C’est savoir souffrir, tenir dans l’adversité, être façonné par des blessures profondes qui unissent malgré tout. Mais aujourd’hui, ce passé ne nous hante plus, comme si le Stade Rennais était entré dans une nouvelle ère. Les hommes de notre cher Julien Stéphan abordent d’ailleurs symboliquement cette première sur la troisième marche du podium, celle qui leur a permis d’arracher leur billet pour la LDC. Troisième de Ligue 1, cela devrait déjà suffire à enivrer notre peuple Rouge et Noir. Nous devons donc jouir de cette saison déjà bien entamée. Il faut profiter, se régaler au buffet. Seul point noir au tableau, il en faut toujours un, et pas des moindres, la situation sanitaire actuelle ne permettant pas à tous d’accéder au Roazhon Park pour ces rencontres de gala.

Ces derniers temps, le peuple Rouge et Noir s’est pris de passion pour les tirages au sort sur la scène européenne. Quel pays, quelle culture, quel club, quel déplacement ? Cet engouement européen à une saveur particulière. L’envie d’évasion, de découvertes, d’affiches prestigieuses. Se déplacer à Jablonec, à Londres (Arsenal, aujourd’hui Chelsea), à Séville (Betis, aujourd’hui les Nervionenses). Les souvenirs d’une vie, les aventures entre amis, les couleurs portées fièrement, au-delà des frontières. Souvent moqué pour son maigre palmarès, le Stade Rennais doit d’autant plus profiter de ces grandes soirées, histoire de dribbler le passé avec fierté.

Rappelez-vous les déceptions en 2009, 2013 et 2014. Mais notre manière de les regarder a changé depuis le 27 avril 2019 et cette sensation indescriptible procurée par un trophée qu’on commençait à nous penser interdite. Aujourd’hui, même l’évocation du souvenir de 2007 peut prêter à sourire, cette blessure qui longtemps nous a fait souffrir. Nicolas Fauvergue, Eduardo, Brandao… Ces souvenirs ne sont plus des fardeaux. On dit du supporter rennais qu’il est courageux, il est peut-être simplement juste amoureux. De sa ville, de son club. Aujourd’hui, il est récompensé, et tout bonnement heureux de voir son équipe sur le toit de l’Europe, avec les plus belles institutions européennes. La cour des grands.

Tombé dedans petit

Au bout du tunnel, François-Henri Pinault s’exprime, sourire aux lèvres, comme son père et tous les supporters, dans le magazine envoyé aux abonnés pour fêter cette qualification historique : «Cette joie et cette fierté sont pour nous d’autant plus fortes qu’elles ont été longtemps attendues par nous comme par tous les supporters. C’est un vrai bonheur d’avoir pu récompenser la fidélité des abonnés qui le méritent bien car ils n’ont jamais rien lâché.» Ne rien lâcher, soutenir, souffrir et rêver.

Au bout du tunnel, il y a surtout l’envie de voir le club continuer à grandir, franchir les paliers, et s’installer, pourquoi pas, dans cette prodigieuse sphère européenne. Certains amateurs de ballon rond choisissent leur club pour leurs trophées et leur prestige. Le supporter rennais est quant à lui tombé dedans étant petit, par amour et pour toujours. Le prestige d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier, ni de demain. Mais peu importe. Nous sommes simplement heureux d’avoir parcouru ce chemin ensemble.

Jean-Félix Juguet Piazzola (édité par Thomas Goubin)

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