26 juillet 2021

Foot Breizh

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Le travail de Faivre : déjà indispensable à Brest ?

Elégant leader de jeu, dribbleur avisé, et déjà auteur de deux buts, le milieu de terrain de 22 ans est la très bonne surprise du début de saison brestois. Analyse de son apport, à l’appui de statistiques flatteuses.

Le 30 juin 2020, le Stade Brestois 29 officialisait sa seconde recrue de l’été : Romain Faivre, transfuge de l’AS Monaco, contre un chèque avoisinant les 400 000 euros. Une signature pour quatre ans qui a fait relativement peu de bruit dans le microcosme brestois. Il faut dire que le milieu de terrain formé à Tours n’avait foulé les terrains de Ligue 1 qu’à une seule reprise : lors d’une défaite (2-0) face à l’En Avant Guingamp, fin 2018, sous la houlette de Thierry Henry. Ce maigre historique a inévitablement conduit les supporters brestois à ranger ce recrutement dans la catégorie des paris. En trois mois, Faivre s’est pourtant imposé comme un titulaire indiscutable de l’équipe brestoise et s’est même vu ouvrir les portes de l’Equipe de France Espoirs. Trois mois qui semblent n’être que le début d’une jolie carrière, tant la marge de progression du milieu offensif d’1,80m semble encore grande.

Un ailier plutôt qu’un joueur d’axe

Bien qu’affublé du numéro 21, c’est avec une étiquette de numéro 10 et de meneur de jeu que Romain Faivre est arrivé. Et c’est fort logiquement à ce poste que le gaucher a fait ses premières apparitions lors des différents matchs amicaux. La position axiale a sa préférence, mais il a rapidement exhibé une capacité à briller sur un côté, là où on aime aujourd’hui placer ceux qui auraient été numéro 10 jadis. Son grand atout ? Sa capacité à aller provoquer et à chercher le un contre un, registre qui a cruellement manqué à l’équipe brestoise la saison passée. Difficile à contenir en duel, le joueur qui fait ce qu’il veut du ballon, et à grande vitesse, est même aujourd’hui en tête du classement de Ligue 1 des dribbles par match, devant Savanier et Neymar (19 contre 17). Il a aussi déjà inscrit deux buts, dont celui de la victoire face à Monaco (1-0), qui a peut-être attisé les regrets de ses ex-employeurs de l’avoir laissé partir.

Dans le 4-2-3-1 d’Olivier Dall’Oglio, Faivre a été positionné sur les deux flancs de l’attaque. A droite, le gaucher s’ouvre plus facilement la voie vers l’axe, mais quelque soit le côté où il évolue, Romain Faivre provoque beaucoup et réussit beaucoup. La diversité de ses dribbles est étendue et conduit même à nourrir la comparaison avec Hatem Ben Arfa. On retrouve des prises de balles toutes aussi tranchantes et des choix au moins aussi osés. Entre leurs pieds, le football devient art, mais la belle impression visuelle se traduit aussi sur le plan statistique pour Faivre : non seulement il réussit beaucoup de dribbles, mais en plus l’international Espoirs provoque beaucoup de fautes (2,3 par match en moyenne, ce qui en fait le 11ème joueur de Ligue 1 en subissant le plus). Longiligne sans être frêle, le jeune Brestois gagne des mètres en percutant, en priorité de son pied gauche, même s’il n’est pas maladroit sur son pied faible. Mais il sait aussi orienter et dicter le rythme du jeu.

Son absence pèse aussi

La meilleure illustration de son impact sur le déroulement d’un match reste assurément le déplacement brestois à Angers. Pour rappel, les Finistériens dominaient assez nettement le SCO jusqu’à la 71ème minute, moment où l’entraîneur brestois a fait le choix contesté de faire sortir simultanément Gaëtan Charbonnier et Romain Faivre. Le premier, jusqu’ici brillant et créateur permanent de danger, a ensuite fait défaut, mais c’est peut-être la sortie du second qui a le plus fait mal aux Brestois. Malgré un faible nombre de ballons touchés (seulement 50, moins que huit de ses coéquipiers titulaires), c’est dans l’utilisation de ceux-ci que Romain Faivre s’est montré précieux. Il a su aérer le jeu par la passe, notamment par de lucides transversales, mais aussi par sa capacité à poser le pied sur le ballon et à le garder, permettant au bloc brestois de se replacer et de s’organiser sur la largeur. Sans lui, Brest manquait d’un élément pour dicter le tempo du match.

Face à Angers, le natif des Hauts-de-Seine a certes manqué trois passes mais aucun adversaire n’est parvenu à lui prendre le ballon dans les pieds. Le bilan est tout aussi flatteur face à Lorient (un seul ballon perdu), Dijon et Monaco (deux ballons perdus). Son habileté technique l’aide en ce sens, mais aussi (surtout ?) l’intelligence de ses déplacements. C’est d’ailleurs là que se situe la clef de voûte de son jeu : sa capacité à se placer dans des espaces relativement libres qui lui permet d’éviter le pressing adverse et d’arriver assez facilement en situation de un contre un avec son vis-à-vis. Des qualités conjuguées à une attitude volontaire.

Leader de jeu

Bien que presque bizut en Ligue 1, Romain Faivre n’a ainsi pas tardé à prendre ses responsabilités. Dès le premier match de la saison, au stade Francis Le Blé, lors de la défaite Brest face à l’Olympique de Marseille (2-3), il était le deuxième joueur ayant le plus tiré au but (derrière Gaëtan Charbonnier, avec 7 tirs). Quatre tentatives, dont trois sont venues depuis l’extérieur de la surface – dans une équipe qui ne tentait presque jamais sa chance hors des 16 mètres la saison passée. La quatrième ? Un plat du pied gauche, directement au fond des filets de Steve Mandanda. Plus que le but, c’est bien cette audace qu’il faut souligner. Pour son troisième match en professionnel, l’ancien Monégasque n’a pas hésité à prendre des tirs compliqués dès lors qu’il a entrevu une possibilité. Aujourd’hui, avec en moyenne de trois tirs par match, Romain Faivre est le neuvième joueur de Ligue 1 à tenter le plus sa chance. Et ce alors qu’il n’a disputé que deux matchs dans son intégralité ! Dix-sept tentatives, dont dix à longue distance. Avec trois tirs cadrés au total, le Monégasque doit cependant encore améliorer la précision de ses frappes.

A 22 ans et seulement trois mois en Rouge et Blanc, Faivre est déjà un leader de jeu. Pas un hasard que les coups de pied arrêtés offensifs sont échus à son pied gauche, corners comme coup-franc à moyenne voire courte distance. Sa fiabilité sur les phases arrêtées lui a aussi permis de s’imposer pour tirer un pénalty en Equipe de France Espoirs face au Liechtenstein (5-0), alors que le onze de Sylvain Ripoll ne manquait pas d’éléments confirmés (Jonathan Ikoné, Amine Gouiri, Matteo Guendouzi…). Une situation que l’on pourrait également voir se reproduire à Brest dans les mois à venir, même si l’exercice semble pour le moment réservé à l’attaquant Steve Mounié.

Les matchs à huis-clos et affluences limitées permettent aussi de constater que l’ex-Monégasque est un des joueurs parlant le plus, n’hésitant pas à recadrer et conseiller ses coéquipiers – pourtant bien plus expérimentés. C’est avec cette même assurance que l’on peut le voir réclamer avec insistance le ballon lorsque l’offensive brestoise semble bloquée, et allier le déplacement à la parole. Romain Faivre fait d’ailleurs partie des rares joueurs à ne pas s’être «caché», pour reprendre les termes d’Olivier Dall’Oglio lors de la débâcle sur la pelouse de Nîmes. Un esprit d’initiative qu’il a maintenu lors des sorties suivantes, de la domination en terre dijonnaise à la victoire laborieusement acquise face à Monaco. Encore largement perfectible, Romain Faivre n’en est pas moins déjà absolument indispensable au Stade Brestois 29.

Yann (de Brest On Air)

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