21 juin 2021

Foot Breizh

Actualité du football breton

Guingamp : la victoire en pansement

Crédits : Kop Rouge

Malgré un contexte tumultueux en coulisses, Guingamp a redressé la barre sur le terrain. Les Costarmoricains auraient-ils finalement une carte à jouer pour la montée ?

Deux victoires de suite 1-0. Six points dans la musette, zéro but encaissé. Ça n’a l’air de rien mais ces deux succès – les deux premiers de la saison – à Pau puis face à Grenoble samedi dernier ont permis à l’EAG de se replacer en milieu de tableau de Ligue 2, à portée du peloton de tête. Les objectifs de remontée en élite, annoncés assez logiquement cet été et pronostiqués par de nombreux suiveurs du championnat, paraissent déjà un peu moins inatteignables qu’il y a une dizaine de jours. Certes, le jeu affiché n’a rien de flamboyant encore mais au moins faut-il accorder du mérite à la fois aux joueurs d’avoir su rester focus sur ce qu’ils ont à faire sur le terrain, et au nouvel entraîneur Mecha Bazdarevic d’avoir su les (re)mobiliser malgré la forte tempête qui agite les coulisses. Samedi face aux Isérois à Roudourou, les Guingampais ont joué en équipe. Ça n’a l’air de rien dit comme ça mais ce n’était pas une évidence de voir ainsi une solidité défensive retrouvée (à l’image de la recrue Larsen, enfin rassurant dans les buts) et quelques jolis mouvement offensifs (comme sur le seul but du match signé Ngbakoto sur un centre parfait de Livolant).

Il y a de la concentration, de l’application, de la volonté de bien faire. Un mea culpa aussi de la part de Ngbakoto qui, dans la presse locale, a reconnu il y a quelques jours qu’il s’était remis en question face à son niveau médiocre trop souvent affiché jusqu’alors, prenant conscience que ce n’était pas toujours de la faute des autres s’il n’était plus l’ailier décisif qu’il avait été auparavant à Metz. Il faut l’annoncer avec toute la prudence et la méfiance que les désillusions accumulées ont généré, mais peut-être bien que oui, l’En Avant pourrait tirer du positif de cet exercice 2020/2021. L’énoncé du quintet ayant pris les devants après cinq journées disputées – dans l’ordre Niort, le Paris FC, Sochaux, Grenoble et Troyes – confirme ce qu’on pressentait avant-saison, à savoir que cette Ligue 2 est impronosticable tellement elle est imprévisible. Et qu’il ne faut pas y enterrer trop vite les ambitions guingampaises.

Reste que le contexte extra-sportif est toujours aussi indélicat, à la limite même du tragicomique pour le club-phare des Côtes  d’Armor (qui, hasard des destins footballistiques, a vu le vieux rival départemental le Stade Briochin revenir au printemps en N1, seulement une division en-dessous). Après une série de démissions, de remerciements et d’annonces en tous genres, l’organigramme du club a presque entièrement changé par rapport à celui qu’il était il y a encore quelques semaines : nouveau président (Fred Le grand, ancien speaker du Roudourou ayant gravi tous les échelons en interne, incarnation d’une certaine idée de la méritocratie à la sauce guingampaise), nouvel entraîneur (Mecha Bazdarevic, un vétéran du championnat qui connaît la recette des montées en élite, même si ça fait longtemps qu’il n’est plus parvenu à s’en servir), plus de directeur sportif (Gravelaine évincé après seulement six mois à s’agiter et à jouer des luttes de pouvoir) et… toujours pas de place disponible pour le nouveau retour de Jocelyn Gourvennec, l’homme providentiel (ou supposé tel), pourtant espéré par de nombreux supporters. Lui-même n’était pas contre, reconnaissait-il en interview radio, mais sur le banc en doudoune sous la veste, pas en costume-cravate à la place de Gravelaine. Pour faire de la place à celui qui avait fait passer Guingamp du National à l’Europe en passant par une deuxième victoire en Coupe de France en 2014, il aurait fallu encore se séparer d’un entraîneur. En l’occurrence Bazdarevic, à peine débarqué dans le 22 en remplacement de Sylvain Didot. Le conseil d’administration du club, qui avait fini par lâcher l’ancien président Desplat une semaine auparavant, n’a cette fois pas donné son accord à cette énième manœuvre, donnant l’impression de ne faire les choses qu’à moitié. Du « ni fait ni à faire » où plane encore la figure tutélaire de Noël Le Graët, dont on peine à ignorer son rôle en coulisse, lui qui n’aime rien plus que les discrètes tractations de l’ombre.

Encore une famille solidaire ?

L’EAG parait finalement vivre une crise de croissance à posteriori. Depuis l’épopée européenne de 2014/2015 et le premier départ de Gourvennec, l’autre club Rouge et Noir breton n’a jamais semblé savoir clairement avoir de ligne directrice. Il s’est doté depuis ces années dorées d’infrastructures de haut-niveau avec le Pro Park, le centre de formation et un stade aux normes européennes (sans oublier le billard de l’esthète jardinier du club Emmanuel Bessong), mais semble paradoxalement mal vivre ce trop-plein de confort. Chouchoutés comme jamais auparavant, les joueurs en font-ils assez pour se surpasser ? Les entités séparées les unes des autres (équipe première, réserve, équipes de jeunes, section féminine), l’En Avant est-il encore la famille unie et solidaire qu’il prétend être ? Au moins la crise actuelle a fini de balayer la fausse image de l’éternel petit club parmi les gros, de l’Astérix du football français (sur)jouant de son atypisme géographique (le club d’un territoire rural, dans une ville de 7 000 habitants) et de son atavisme paysan. Non, l’EAG n’est pas si différent des autres, il connaît de belles périodes entrecoupées de coups de moins bien. Peut-être l’ascenseur émotionnel y est-il un peu plus agité qu’ailleurs. L’essentiel étant de s’accrocher aux parois pendant les zones de turbulence et d’appuyer sur le bon bouton.

Régis Delanoë

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