26 juillet 2021

Foot Breizh

Actualité du football breton

Stade Brestois : le syndrome visiteur ?

Vainqueur à Dijon il y a deux semaines, le Stade Brestois a rechuté à Angers, alors qu’il n’était pourtant pas loin de survoler la rencontre jusqu’à l’heure de jeu. Tentative d’explication des difficultés à l’extérieur des hommes d’Olivier Dall’Oglio.

 L’an dernier, c’était face au SCO d’Angers que Brest avait décroché son premier succès à l’extérieur en Ligue 1 (0-1). C’était le 19 Octobre 2019, à l’occasion de la 10ème journée. Et dimanche après-midi, les Finistériens ont bien cru récidiver, avant que les locaux ne renversent la vapeur en deux minutes. Un dénouement cruel pour les visiteurs, mais qui s’inscrit dans une problématique dont ils n’arrivent pas à se défaire. La saison dernière, outre le succès au stade Raymond Kopa, Brest avait seulement ramené trois points en déplacement sur la pelouse d’un Toulouse FC déjà démobilisé et promis à la Ligue 2. Dans une saison écourtée, le bilan statistique du club brestois à l’extérieur était indéniablement décevant : seulement huit points récoltés sur 42 possibles. Plus encore que le bilan comptable, c’est bien le comportement de l’équipe lors de ces matchs qui avait suscité des inquiétudes.

En effet, les Finistériens n’ont donné satisfaction qu’à de rares reprises (2-2 face à Saint-Etienne, 2-2 face à Nice, 0-0 face à Rennes) et se sont montrés régulièrement dépassés. Y compris – et même surtout – face aux concurrents directs. Si les défaites face à Dijon (3-0) et Nîmes (3-0) étaient aussi lourdes que méritées, elles étaient peut-être moins inquiétantes que celle concédée sur la pelouse d’un Amiens SC pourtant en perdition (1-0). Brest voyageait mal, la claque reçue d’entrée, cette saison, à Nîmes (4-0) ne pouvait qu’inquiéter pour l’avenir. Mais alors qu’ils avaient attendu 10 journées avant de l’emporter à l’extérieur, Romain Perraud et consorts ont, cette fois, ramené trois points d’un déplacement dès la 3e journée, à Dijon (0-2) lors de la troisième journée. Une victoire source d’espoir, qui permettait de chasser les fantômes de l’exercice précédent, avant que deux minutes fatales à Raymond Kopa ne les fassent revenir. Mais que ce soit la déroute nîmoise, le succès à Dijon, où le revers presque irrationnel à Angers, ses résultats peuvent être éclairés par le comportement finistérien en 2019-2020.

Une équipe trop souvent écrasée…

L’an dernier, les Brestois sont souvent revenus de leurs déplacements avec des allures de naufragés. Ils se sont ainsi inclinés par plus de trois buts d’écarts lors de quatre déplacements sur quatorze ! Face à Nîmes évidemment (3-0, J4), traditionnel chat noir du club, où l’histoire était pliée après dix minutes de jeu et où les visiteurs n’ont jamais donné l’impression de vouloir se révolter. Mais également face à Dijon (3-0, J22), Monaco (4-1), Montpellier (4-0). Et la déception pouvait légitimement s’étendre à d’autres déplacements si l’on s’intéressait davantage au contenu qu’au résultat : à l’extérieur, le Stade Brestois 29 est bien trop souvent passé à côté de son sujet. Et quelle meilleure illustration de cette faiblesse à l’extérieur que… la victoire sur la pelouse d’Angers. Cela peut sembler paradoxal, mais il faut rappeler que ce succès ne tient qu’à une performance exceptionnelle d’un Gautier Larsonneur – décisif à 7 reprises – qui a réellement lancé sa saison ce soir-là. Dans le jeu, les joueurs brestois s’étaient contentés de subir et de profiter d’un Ludovic Butelle peu inspiré pour repartir avec les trois points. A aucun moment, les hommes d’Olivier Dall’Oglio n’avaient su imposer leur style de jeu sur la pelouse du stade Raymond Kopa.


Figure 1 – Statistiques du match à Raymond Kopa l’an dernier. Il est difficile de nier le hold-up monstrueux réalisé par les Brestois : Gautier Larsonneur a effectué 7 arrêts sur 29 tentatives angevines, là où les Brestois n’ont tiré que 6 fois. Données WhoScored.com.

Assez paradoxalement, ce sont les deux confrontations face à Angers qui nous offrent la meilleure illustration des deux visages affichés par Brest l’an passé. Défaits 1-0 à Francis Le Blé par un bloc bas très compact et plus solide dans les duels, les Rouge et Blanc ont pourtant tenté d’appliquer des principes ambitieux : un pressing haut, une volonté de poser le jeu (malheureusement restée au stade des intentions) et d’utiliser toute la largeur du terrain. Soit tout l’inverse de ce qu’ils avaient proposé en Maine-et-Loire. C’est bien avec un bloc excessivement bas et un jeu se limitant à la volonté de jouer le contre que les coéquipiers d’Irvin Cardona sont repartis avec les trois points. A cet égard, la superposition des « cartes de chaleurs », illustrant le positionnement moyen de l’équipe sur ces deux matchs est éloquente.

Comme le suggère ses résultats face à Angers, l’analyse des différentes performances brestoises doit aller au-delà du simple score. Il serait ainsi injuste de dire que Brest n’a rien produit lors de ses déplacement à Bordeaux, à Saint-Etienne, à Nice et même à Dijon. Mais son incapacité à rester solide sur la première demi-heure de jeu a souvent condamné une équipe qui a pourtant su montrer, par intermittence, des bonnes choses à l’extérieur.

30 premières minutes trop souvent fatales.

Le bilan sur la saison à l’extérieur est dramatique à cet égard ! Un tour statistique s’impose pour prendre conscience de l’ampleur du désastre. Sur 14 matchs disputés à l’extérieur la saison passée :
– Brest n’a gardé sa cage inviolée qu’à 2 reprises (Angers J10, Rennes J24).
– A concédé l’ouverture du score à 10 reprises. (Exception : Saint-Etienne J2, Toulouse J20)
– A concédé l’ouverture du score en 1ère MT à 9 reprises. (Exception : Saint-Etienne J2, Toulouse J20, Marseille J15)
– A été mené 5 fois après moins de quinze minutes de jeu (Nîmes J4, Bordeaux J6, Lille J17, Montpellier J13, Dijon J22).

Des performances pourtant encourageantes

Des bonnes choses ont pourtant été entrevues à l’extérieur, ce dès le premier déplacement. Si le match nul à Saint-Etienne était globalement logique en raison de certains errements individuels, le visage breton avait été plutôt séduisant. Bien sûr, tout n’avait pas été parfait, comme cette entame de match (déjà) manquée, mais les grands principes de jeu d’Olivier Dall’Oglio s’affichaient déjà : pressing haut, relance basse, transitions rapides vers les côtés. Même si ce Saint-Etienne a connu une saison difficile, il ne faut pas minimiser cette performance. Il ne faut pas non plus minimiser celle réalisée à… Montpellier. Malgré la lourde défaite (4-0), les Brestois avaient réussi plusieurs séquences intéressantes et ont pu apporter du danger, toujours avec ces principes de jeu haut et de sortie rapide vers les côtés. Le constat est un peu similaire à Dijon, où il faut signaler le très bon match du gardien adverse, Alfred Gomis. Ces deux lourdes défaites étaient, à bien des égards, moins inquiétantes que le revers étriqué face à Amiens, par exemple. Mais dans ces deux cas, c’est bien une entame de match désastreuse qui a scellé le sort et les ambitions de Brest. Un problème qu’il a fallu prendre à bras le corps, chose faite par Olivier Dall’Oglio lors du déplacement sur la pelouse du Stade Rennais à l’occasion de la 24ème journée.

Figure 2 – Bilan du match à Montpellier. En bleu, les passes brestoises dans le camp adverse. Malgré le score, Brest a été loin d’être ridicule… Données extraite de WhoScored.com.

Le pragmatisme, ou comment sortir d’une spirale noire

Assurément, ce derby breton a été un tournant. Le moment d’une prise de conscience : lorsque le Stade Brestois veut resserrer son jeu et se mettre à défendre, il sait le faire, quitte à sembler jouer contre-nature. La bonne solution se situe probablement à la jonction entre le jeu offensif habituellement prôné par Olivier Dall’Oglio et cet ajustement des ambitions en déplacement. S’il est évidemment impossible de quantifier le « boost » mental offert au groupe brestois par ce match nul au Roazhon Park, les effets eux ont été concrètement observables. Ainsi, deux semaines plus tard face à Nice, le SB29 a probablement livré sa meilleure performance de la saison à l’extérieur (2-2). Un match nul au terme duquel Brest a pu nourrir nombre de regrets, ayant concédé deux buts sur les seules occasions niçoises et ayant trop gâché devant le but adverse (déjà). Ce constat s’applique également au déplacement suivant, sur la pelouse d’un Reims extrêmement difficile : sans être brillant, le Stade Brestois s’est montré solide et bien plus inspiré que son adversaire. Sans un pénalty bâclé par Alexandre Mendy et un Pedrag Rajkovic des grands soirs, les Finistériens auraient légitimement pu espérer repartir d’Auguste Delaune avec au moins un point. Ces trois derniers matchs à l’extérieur se sont tous basés sur la même recette : un bloc brestois plus solide, moins prompt à prendre des risques en début de match, qui n’a concédé que très peu d’occasions avant de se libérer progressivement.

La victoire acquise en terre dijonnaise pour le compte de la 3ème journée de Ligue 1 2020/21 semble donc abonder dans le sens d’une mue brestoise qui perdure, malgré le premier faux pas à Nîmes. En effet, les Finistériens ont appliqué le même type de recette que face à Rennes, Nice, ou Reims. Il faut également souligner l’apport fondamental de Steeve Mounié, capable de récupérer les potentiels longs ballons et réduisant ainsi la pression exercée sur la défense brestoise. Puis, au fur et à mesure que le chrono défilait, les coéquipiers de Romain Perraud se sont montrés plus entreprenants, plus audacieux. C’est cette évolution progressive qui a asphyxié les Dijonnais : incapables de se procurer la moindre occasion en première mi-temps mais relativement peu mis en danger, ils ont progressivement reculé et se sont retrouvés spectateurs des offensives brestoises. Bien entendu, le carton rouge dijonnais a contribué à cette évolution, mais il ne saurait expliquer à lui seul la domination des hommes de Dall’Oglio. Surtout, il ne saurait expliquer la répétition de ce scénario depuis le tournant du Roazhon Park. Ceci demande évidemment confirmation face au SCO d’Angers, adversaire attendu bien plus solide que le Dijon FCO, mais l’impression est là : le Stade Brestois semble avoir suffisamment progressé dans son approche tactique et mentale des déplacements pour espérer obtenir plus de deux victoires hors de ses bases cette saison.

Yann (Podcast «Brest on Air»)